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OhDé Fanzine
Une histoire de trick (1.5/2)
  • Publié le : 07/11/2020
  • Auteur : Sly Clinton
Shred O mètre: 509pts
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Partie 1.5

On me dit souvent que je suis d’un naturel agréable et facile à vivre, et honnêtement j’avoue que c’est vrai.
Avant d'attaquer la partie 1.5 :
Lire la partie 1
Christelle n’en doute pas, pendue qu’elle est à mes lèvres, débouchant une bouteille de vin qui semble être meilleure que la précédente.
Mais là, coincé dans Berlin-Est avec la gueule de bois et sans papiers, j’étais un soupçon moins détendu que d’habitude.
Le café d’Hannah a un goût amer. Certainement à cause de la situation.
J’essaie de pas trop réfléchir, mais je peux pas m’empêcher de me demander comment on s’est démerdé pour passer en RDA complètement torchés, et surtout à qui est ce putain de slip autour de ma taille ?!
Non mais sérieux, autant je m’imagine bien ramper sous des barbelés et faire des manchettes à des militaires, autant échanger son slip avec quelqu’un c’est chaud quand même !
Peut-être qu’hier un slip de l’Ouest et un slip de l’Est ont montré la voie de la liberté ?
Pour me changer les idées je discute un peu avec Hannah, tandis que Karim démonte les trucks de sa board. Elle me dit qu’elle bosse comme graphiste pour le milieu underground du coin, plutôt pour la musique. Elle me sort un vinyle de sa collection, un groupe des Etats-Unis ; elle bossera sur leur tournée s’ils passent en Allemagne de l’Est. Ça a l’air bien.
Hannah part refaire du café et nous payer de l’alcool local ; elle l’a dit en français, « alcool local ». On s’est regardé avec Karim, ça nous a intrigué. Je jette un œil à sa collec’ de vinyles, elle a pas mal de trucs non officiels/piratés, des Clash, des Stooges, et de la new wave obscure.
- Tu peux mettre le truc qu’elle a sorti ? me fait Karim en triant ses vis.
Fait chier, je vais voulais mettre un Iggy Pop ! Bon, je le mets de côté et je teste l’autre album.
La pochette est belle ; un négatif noir et blanc de photo live, avec deux guitaristes en plein solo, pas mal. Nirvana ils s’appellent.
Grosse basse, grosse guitare, méchante distorsion, le batteur tape bien. C’est vachement direct, genre du garage d’avant mais maintenant, genre j’ai même plus de bagnole à garer mais j’ai nulle part où aller t’façon alors je reste dans mon garage. Le chanteur a une voix super gutturale, rien à voir avec Vince Neil. J’ai l’impression que tout le groupe c’est même l’inverse de Mötleÿ Crüe, zéro glam et paf ! Ça me surprend au début mais y’a un truc faut dire.
Hannah revient en secouant sa tête dans tous les sens, et manque de renverser la cafetière et la bouteille de liquide trouble que je présume être le fameux alcool local.
Isn’t it great ?! It’s a gift from a friend at work. I really like them !
Traduction de la rédac'
"C'est ti pas ouf ?! C'est un cadeau d'un poto au boulot. J'kiffe trop wesh !"
Je sais pas trop quoi en penser, c’est mélodieux et super nihiliste, à la fois rage et abandon total, mais je peux pas dire ça, ça ferait un peu branleur mélomane.
- That’s nice, que je fais du coup. Where are they from ?
- Seattle, in the US. They are touring now in Westdeutschland ! I’d love to see them so much ! They played in Monchengladbach two days ago !
Traduction de la rédac'
-C'est nice, que je fais du coup. D'où qu'c'est ti qu'ils viennent ?
-Seattle, chez les ricains. Y font une tournée en ce moment dans le Westdeutschland ! Comment que j'aimerais les voir dis ! Et v'là qu'ils ont joué à Monchengladback il y a deux jours !
J’acquiesce, même si je sais pas où c’est. Ils ont plutôt l’air d’être un groupe de live justement. Ca m’étonnerait qu’ils sortent un deuxième album par contre, ça passe pas à la radio ça. Et puis faut être sur un bon label.
Ils m’ont revigoré en tout cas ! Karim a fini de désosser sa board, et il me regarde d’un air de « bon qu’est-ce qu’on fait maintenant ? ».
- Bon qu’est-ce qu’on fait maintenant ? qu’il ajoute comme si j’avais pas compris.
Le téléphone sonne d’une manière particulièrement agressive, Hannah se lève et nous fait signe de nous servir en café. Je remplis les tasses alors qu’elle sort de la pièce, et expose mon plan à Karim.
- On va lui demander si on peut appeler Niklas de chez elle, sinon on appelle Dominique au numéro qu’il nous a laissé. On va forcément tomber sur quelqu’un.
Dominique c’est le mec qui gère la coordination de notre épopée berlinoise, un peu comme un manager mais en plus speed. Il a dû dépenser la moitié du budget dans les cabines téléphoniques. Il a son moment dans la vidéo d’ailleurs, il est grave pété et il dit que Berlin c’est le meilleur pays du monde.
Sûr de moi, je nous verse un peu d’alcool local dans les tasses. J’ai la main légèrement lourde mais y’a plus de café pour diluer. C’est chaud comme il faut, on le boit vite ; au bout de deux lampées on tire une gueule pas possible.
C’est un peu puissant quand même.

- Ouais, ça râpe en profondeur.
- Ça doit être un truc à base d’herbes…
- De l’alcool de buisson ouais.
On finit quand même nos tasses pour pas gâcher le café.
- Bon Sly, sans déconner, faut aussi qu’on demande à Hannah comment on se barre !
- T’inquiète Karim, je suis sûr que Niklas ou Dominique vont nous dire quoi faire.
- T’as leur numéro au moins ?
- Bien sûr, dans mon portefeuille.
- Et il est où ?
- Dans mon futal !
- Et il est où ?
- Ben là avec mon t-shirt, regarde !
- Mais c’est pas ton futal mec !
- Non mais tu déconnes, c’est mon jean Karim !
Je me contorsionne pour récupérer le fute au bout du matelas.
Putain c’est pas mon jean, mais merde ! Qu’est-ce que j’ai fait de mes fringues Karim ?!
Il répond pas le con, y rigole. Il a les yeux ailleurs, genre plutôt fermés. Il se bidonne vraiment, du coup je me marre aussi mais je sais pas pourquoi.
- Ça te fait marrer ?
- Ben ouais mec, hihiha, en fait.. T’as fait un Kickslip !
Et là il éclate de rire, et je rigole aussi mais j’ai pas compris, et quand je comprends je rigole encore plus !
- Hahaha.. Karim c’est pas le pire, haha..
J’aurai pu faire un Fingerslip !
- Ou un Imposliple !
- HAHAHA !
Hannah revient, elle est hyper excitée, et nous on se bidonne comme deux couillons sans même se rappeler pourquoi. Je me relève difficilement, elle regarde la bouteille d’alcool local, et à ses yeux je vois qu’on en a peut-être bu un peu beaucoup.
- Guys, be careful, it’s a bit strong, but not in a.. alcoholic way you know.. It’s made from strong plants. Are you okay ?
Traduction de la rédac'
- Soyez prudent les bézots, c'est un peu fort, mais pas vraiment comme de l'alcool.. C'est fait avec des plantes fortes. Ça va ti ?
On est grave flottants, complètement à la masse même, mais on arrive à lui dire que ça va.
- We’re okayyy…
- Gut ! Some friends are coming over to pick me up, they heard that we may move to West-Berlin tonight !!
- No ?!
- Yes, Schabowski told the news the borders are open ! Take your clothes and hurry up, I want to see if it’s real or not !
- It’s not my clothes.. que je bredouille, mais Hannah est partie dans sa chambre en quatrième vitesse sans même nous dire qui était ce fameux Schabowski.
Traduction de la rédac'
- On est fleeeex...
-Bien ! Y'a des potos qui viennent me chercher, y z'ont entendu dire qu'on devrait bouger à Berlin-Ouest ce soir.
- Nan ?!
- Oui, Schabowski nous a dit que les frontières sont ouvertes. Prends tes guenilles et magne-toi, il faut que je vois si c'est vrai ou pas !
- C'est pas mes fringues ! que je bredouille, mais Hannah est partie dans sa chambre en quatrième vitesse sans nous dire qui était ce fameux Schabowski.
Tout flottants qu’on est on comprend que c’est peut-être notre seule chance de retrouver notre crew, et cinq minutes et deux fous rires de Karim plus tard – il a pas pu s’empêcher de rire quand il a vu que mon futal d’emprunt avait un méchant trou au cul – on est prêts et Hannah nous rejoint. Elle tient tellement pas en place qu’elle galère à ouvrir la porte de l’appartement.
- Bitte machen Sie es wahr, bitte machen Sie es wahr… qu’elle répète en boucle.
Traduction de la rédac'
* Désolé, la rédac n'a fait que anglais LV1 et espagnol LV2 *
A peine la porte ouverte elle se rue dans les escaliers, on peine à la suivre sans se gameller et Karim fait tomber toutes ses vis au fur et à mesure qu’on descend. Je reconnais pas la rue, mais au milieu des voitures bizarres et des tours en béton gris, y’a une foule de personnes qui semble converger vers un même point, et le tumulte est immense alors que la nuit commence à tomber.
Je sens nos cœurs battre la chamade à l’unisson. Nous nous enfonçons dans la masse, sans vraiment savoir ce qui nous attend.
- Fin de la partie 1,5 -


Lire la partie 2/2
Sly Clinton, né à New Yeurk City, compte parmi les plus grands auteurs de romans skatebeurdistiques (Trois jours sur le spine, Retour au LOVE Park, Deux kickflips et toi, Waxe-moi si tu peux). Après ses études d'ingénieur aéronautique, il se reconvertit en danseur étoile. Cependant ses torticolis chroniques l'obligeront à abandonner sa carrière prometteuse et à vivre dans la rue, plus précisemment sous la rampe d'un vieux skatepark en métal rouillé. Il commencera alors à écrire en gravant ses textes sur ses canettes de bières à l'aide d'un caillou. Il vit maintenant à Ricarville, avec sa femme et ses trois enfants.
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