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OhDé Fanzine
Une histoire de trick (2/2)
  • Publié le : 25/02/2021
  • Auteur : Sly Clinton
Shred O mètre: 304pts
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Partie 2

- Bon tu la finis ton histoire ? J’ai l’impression que ça fait deux mois que tu me fais poireauter à rouler ton pétard là !
Avant d'attaquer la partie 2 :
Lire la partie 1.5
- Relax Christelle, sois pas agressive, regarde j’ai quasiment fini.
D’un coup de langue maîtrisée, rosée par le vin, j’humidifie le collant et replie la feuille sur un bon gros spliff de shit. Je pose mes yeux dans les siens.
- Alors… Attends, t’aurais du feu avant ?
- Ah tu fais chier !
Elle fouille dans ses poches et me tend le briquet qu’elle m’a piqué y’a dix minutes. En signe d’apaisement, et parce qu’en vrai j’ai mis du temps à la rouler cette batte, je sors un Petit Châblis de ma besace, savamment conservé pour la partie la plus enivrante du récit.
- Bon, t’as de la chance Sly.
D’une étincelle prométhéenne le mélange de tabac et de résine chauffe, et je tire une grosse latte qui produit une fumée épaisse et parfumée.
- Je t’ai déjà dit que j’étais d’un naturel…
- Ta gueule raconte ton histoire.
Il est de ces moments qui jalonnent nos vies, et dont nous savons immédiatement l’empreinte éternelle qu’ils laisseront gravée au cœur de notre être.
- Rah on avance pas putain, j’ai tellement l’impression d’être un mouton…
- Was ?
Des instants, de temps et d’espace, où nous nous trouvons exactement au centre de l’univers, où la conscience de notre situation nous pousse à un recul vertigineux.
- Non je disais… Excuse me Hannah, I was saying that I feel like a sheep right now.
- A sheep ?
- Yes, like in the Pink Floyd song you know ? Animals ? Bêêê, bêêê !
Traduction de la rédac'
- Non je disais... Déso Hannah, j'étais en train de dire que je me sentais comme un mouton roussin de la hague.
- Un mouton roussin de la hague ?
- Bah oui, comme dans la chanson d'Pink Floyd t'sais ? Animaux ? Bêêê, bêêê !
Où notre esprit est uni au monde qui nous entoure.
- I don’t understand what you say.
- A sheep… Non vas-y laisse tomber. Roh je suis encore défoncé Karim.
- Quoi ?
Traduction de la rédac'
- J'pige rien à qu'est s'tu dis.
- Un mouton roussin de la hague... Non vas-y laisse tomber. Roh je suis encore défoncé Karim.
- Quoi ?
Et les règles qui définissent notre réel s’effacent à l’avancée de l’harmonie, de l’essence même de ce qui doit être.
- Je disais c’est l’alcool local là, je pige rien !
- Attends j’entends que dalle Sly, viens on se tire, ça avance pas t’façon !
Mais des fois, on est juste à la ramasse.
- Ah y’a de la foule quand même… On va jamais retrouver Hannah !
- Vas-y tant pis. T’as une clope ?
- Mon paquet est vide comme ma caboche.
- Rah putain…
Après une dizaine de tentatives infructueuses, on a quand même réussi à se procurer une clope chacun, Karim et moi. J’ai opté pour la tactique du mime au bout de sept essais. Parler allemand avec le cerveau dans les étoiles c’est chaud. Point positif, on nous a aussi payé des bières. Un groupe de jeunes en périphérie de la foule, qui ont l’air d’y croire encore moins que nous pour ce qui est du passage à l’Ouest, mais qui veulent profiter du bordel aux allures de festival qui émane de l’espèce de péage percé entre les murs.
Karim a le mérite de ne pas avoir perdu son briquet. Il m’allume difficilement.
La cigarette se consume lentement, comme notre espoir. Fumée épaisse et parfumée. C’était trop beau, qu’on puisse franchir le rideau de fer comme ça. Tout à l’heure, c’était galvanisant, les gens exultaient ; Hannah et sa troupe avaient l’air d’adolescents bravant un couvre-feu. Stressant, le cœur à la révolution, romantiques aux armes fleuries, à défaut d’être chargées.
Y’avait tellement de monde, je panais plus rien. Des vieux, des jeunes, des gamins, des gens en costumes, bière à la main, même des paniers genre de pique-nique. Tous dans la nuit froide à la lueur d’un réverbère sur deux.
Avec Karim, on les suivait, mais dans notre délire, en parlant de mon slip est-allemand, et de la chouille de dingue qu’on allait faire si on retrouvait Dominique, Niklas, et toute la clique. Karim a même eu l’occasion de faire quelques tricks avec le skate d’un pote d’Hannah, Jonas je crois qu’il s’appelait.
Et puis là je suis en train de fumer le filtre de ma clope, devant un Karim aux yeux écarquillés, qui tente un Manual to Nose Manual et qui se bouère.
Ffffffiou.
Attends. Il a gardé sa planche ?
- AÏÏÏÏE PUTAIN !
- Putain Karim, que je fais en courant vers lui, c’est la planche de Jonas ?
- Non non c’est le douanier qui me l’a donnée en cadeau connard !
- D’où tu me traites, t’as gardé sa board !
- Désolé, j’ai mal sa mère ! Non elle est pourrie ; il me l’a filé gratos.
- Très bien, ça me donne une idée…
Il est de ces moments qui jalonnent nos vies, et dont nous savons immédiatement l’empreinte éternelle qu’ils laisseront gravée au cœur de notre être.
- Tu vois, le mur se dresse entre nous et nos amis…
Des instants, de temps et d’espace, où nous nous trouvons exactement au centre de l’univers, où la conscience de notre situation nous pousse à un recul vertigineux.
- Et nous désirons notre liberté, comme cette foule…
Où notre esprit est uni au monde qui nous entoure.
- Cette foule qui ne veut qu’abolir les frontières…
Et les règles qui définissent notre réel s’effacent à l’avancée de l’harmonie, de l’essence même de ce qui doit être.
- Et nous devons nous joindre à eux, quoiqu’il nous en coûte…
Mais des fois, on est juste à la ramasse.
- ON VA SAUTER PAR-DESSUS LE MUR DE BERLIN MA POULE !!
- NON MAIS QUOI ?!
*
- Bon ben il est impeccable le tremplin là, regarde, ça tient bien !
- Honnêtement Sly, je crois que c’est l’alcool local qui parle là..
- Ben t’es Rodney Mullen ou t’es pas Rodney Mullen ?
- Non mais c’est pas une question de Mullen, ce serait plutôt Hosoi, d’une, et de deux je peux pas rider ce panneau de signalisation et m’envoler, t’as craqué !
- Ben okay file moi ta planche, tu vas voir ! Attends je vire juste les couillons autour du spot là..
Je sais pas ce qu’il se passe depuis cinq minutes, mais tous les Allemands du périmètre s’excitent à fond.
Et voilà que ça déambule devant le spot, et voilà que ça gueule devant le mur, putain, ho on essaie de faire des trucs nous ! Je leur parle en anglais, vachement autoritaire, mais ils s’en secouent, genre de ouf. A travers cette effusion révolutionnaire, je repère Hannah, et ses amis, complètement sauvages, et je hurle «  HANAAAAAH « , et elle se rue vers moi et me chope par le bras.
- Sie haben gekreuzt !! SIE HABEN GEKREUZT !!
- Non mais je comprends pas… ICH VERSTEHE NICHT !!
- They crossed the wall ! They crossed the fucking wall !
Elle court pour se barrer mais je la retient direct.
They crossed what ?
Traduction de la rédac'
"Kessizon traversé ?"
Elle me serre les épaules comme si on venait de gagner la Coupe du monde de Fussball.
- Wen kümmert es, wir werden alle heute Abend verbringen !! Wir brechen die Mauer! WE BREAK THE WALL, THE FUCKING WALL !!!
What ?
Traduction de la rédac'
"Heeeeeiiin ?"
Hannah s’échappe, rapide, à la Florence Griffith-Joyner. Elle rejoint un groupe de gens, qui se partagent des masses de chantier récupérées pas loin; ils scandent les mêmes paroles, presque un refrain de blues, et courent, armes à la main, vers le mur.
J‘essaie de retrouver Karim mais c’est l‘ébullition, comme à un concert des Stooges ! Des citoyens méga-chauds m’entourent de toute part, ils me chopent, me soulèvent, et ils me font slammer ces cons !
BRAUCHEN, BRAUCHEN, ils s’arrêtent pas !
Les femmes qui me supportent y mettent encore plus de convictions, et je bondis, touché profondément à travers le slip local.
Complètement retourné sur la foule en furie.
- AÏÏÏE STOP je suis même pas de votre côté !! DER WALL, NICHT ! NICHT ! KARIM ? KARIIIM ?!
Je vais essayer de décrire ce moment aussi fidèlement que possible. Je peux me tromper, comme les années parfois se confondent, entre souvenirs du réel et douce rêverie. Quelques fois, le fantasme prend la place choyée de la réalité.
Dans les bras tendus du peuple exultant, j’appelle Karim à mon secours. Désespéré, néanmoins courageux, il s’élance sur la planche de Jonas pour prendre le tremplin foireux. Il compte m’attraper la main, et après on verra.
Il prend de l’élan. Beaucoup.
Il décolle.
Mon tremplin schlag fonctionne ( ah ben tu vois ! ), et Karim saute au-dessus de nous, porté par le vent.
Comme un oiseau.
Il fonce vers le pan du mur attaqué à la masse par Hannah et son groupe de furies. Alors que le bloc commence à vaciller, le Karms virevolte également et tourne à 180°, le cul vers les barbelés qui surplombent encore le pavé de béton. Dans un mouvement de danseuse étoile, il tient sa board au milieu, puis s’appuie de son pied droit sur le rebord, en gardant le pied gauche sur la planche.
Karim, de toutes ses forces, enjoint le mur à choir.
L’énorme bloc s’écroule figé ; en équilibre précaire sur son pied droit, la board toujours dans la main, il impulse de tous ses muscles, ramène la board vers la surface plane, et son pied sur le grip, et retombe sur le plan incliné en roulant vers l’assemblée sidérée.
Le pavé s’éclate au sol.
Il a pété le mur.
Karim, notre Karim national, a pété le Mur de Berlin.
- NON MAIS T’ES SERI…
Je m’éclate la gueule par terre, tandis que les Ost-Berlinois rugissent de joie ! Ils portent le héros aux nues. J’ai la tête dans la boue, le futal troué, et un slip étranger, alors que dans mon cœur chante une mélodie de skatos : j’ai vu le premier Russian Boneless.
*
Non mais tu déconnes c’était ça la fin de l’histoire ?
- Ben oui, qu’est-ce tu veux que je rajoute de plus, il était là le Russian Boneless !
- Et moi qui croyait avoir pris la première photo…
- T’inquiète, y’a bien des gens qu’ont découvert le rock avec les Rolling Stones.
- Et vous avez retrouvé le crew après ?
- Non… On a tellement fait la teuf, on s’est réveillé chez Hannah le lendemain. Ca nous a pris trois jours pour retrouver l’équipe. Ils étaient dégoûtés qu’on ait pas filmé la scène.
- T’as couché avec Hannah ?
- Un peu. Pas vraiment. Pourquoi ça t’intéresse ?
- Mmmh… Tu veux dormir ici ? Il est déjà tard…
Christelle m’a pécho ce soir-là. C’était cool. Je sais pas si elle m’a cru. Ce que je sais, c’est qu’au moins une fois dans sa vie, le tapis au pied de son lit a porté un slip avec l’étiquette :
Hergestellt in Ostdeutschland

- FIN -
Sly Clinton, né à New Yeurk City, compte parmi les plus grands auteurs de romans skatebeurdistiques (Trois jours sur le spine, Retour au LOVE Park, Deux kickflips et toi, Waxe-moi si tu peux). Après ses études d'ingénieur aéronautique, il se reconvertit en danseur étoile. Cependant ses torticolis chroniques l'obligeront à abandonner sa carrière prometteuse et à vivre dans la rue, plus précisemment sous la rampe d'un vieux skatepark en métal rouillé. Il commencera alors à écrire en gravant ses textes sur ses canettes de bières à l'aide d'un caillou. Il vit maintenant à Ricarville, avec sa femme et ses trois enfants.
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P'tit kicker, gros feeble.
- Marc Deurcel -
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